Reprendre une entreprise en difficulté – Anne-Sophie Giraud, Alambret Communication

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Fin avril 2015, Anne-Sophie Giraud reprend Alambret, une agence de communication à destination des musées et professionnels de la culture. Si elle connaît bien le métier, puisque cette reprise fait suite à 17 années passées chez Alambret en tant que salariée, devenir dirigeante de cette entreprise ne fut pas un long fleuve tranquille : Alambret Communication était à la veille du dépôt de bilan. Un défi qu’Anne-Sophie Giraud a relevé haut la main ! Elle nous raconte ici son histoire d’entrepreneur.

 

C’est à la faveur d’un stage en tant qu’attachée de presse qu’Anne-Sophie Giraud a intégré Alambret Communication. En 2003, l’ayant formée pour être son bras droit, la fondatrice lui a proposé de racheter son entreprise. Mais le prix demandé était trop élevé. C’est donc un groupe qui, en 2005, a racheté l’agence ; Anne-Sophie Giraud devient directrice commerciale.

Comment en êtes-vous arrivée à envisager le rachat d’Alambret quelques années après ?

De 2005 à 2015, je gérais le quotidien chez Alambret Communication : le développement, les clients, les RH. Mais je ne gérais pas la société, je n’avais ni vision administrative, ni vision comptable.

En 2014, le groupe propriétaire voulait vendre l’entreprise. Je me suis donc posé sérieusement la question de la reprise. Nous avions 70 % de clients fidèles qui me connaissaient bien ; depuis 2012, nous avions mis en place un nouvel axe de développement tourné vers le « lifestyle ». Et je m’étais toujours vue indépendante dans ma vie professionnelle… Fin juillet, j’ai donc manifesté mon intention de reprendre Alambret et ai demandé les bilans et comptes de résultat des trois dernières années.

Là, mauvaise surprise, vous constatez qu’Alambret est au bord du dépôt de bilan ! Pourtant vous continuez à être intéressée…

Oui, quelle déconvenue ! le passif était trop lourd, l’agence avait des dettes sociales et fiscales, auprès de ses fournisseurs, du gérant… J’ai d’abord dit « non » au rachat.

Parallèlement, il faut savoir que, depuis six mois, je suivais une formation en coaching et management. Avec Muriel Hecker, je travaillais sur la façon dont j’abordais le processus de décision et sur mes peurs professionnelles. Ce coaching m’aidait beaucoup : j’y trouvais des armes pour discuter avec le gérant. Fin août 2014, j’ai décidé de reprendre l’entreprise malgré le dépôt de bilan annoncé pour novembre. L’équipe a fait d’ailleurs corps avec moi. Je devais remettre une proposition de rachat pour fin septembre. J’ai décidé dans la foulée de m’associer à Cécilia Michaud, ma collègue qui avait soutenu le développement du projet « lifestyle ».

Comment aborde-t-on la reprise d’une entreprise en difficulté ? Quels défis doit-on relever ?

Cécilia et moi avons contacté la chambre de commerce et d’industrie de Paris, qui nous a dit que c’était une folie de reprendre Alambret. On nous a néanmoins conseillé de ne racheter que le fonds de commerce (nom, site, numéro de téléphone, contrats des salariés et contrats clients), pour nous adresser ensuite à des réseaux comme France Active et Réseau Entreprendre. Nous nous sommes ainsi rapprochées de Forthéa, une entreprise qui accompagne les entrepreneurs, qui met le doigt sur le premier écueil de notre dossier : Cécilia et moi n’avons pas la même vision de l’entreprise ! Nous décidons alors de racheter, séparément, des éléments du fonds de commerce, le « lifestyle » pour elle, la culture pour moi. Ainsi, nous ne rachetons ni la société, ni ses dettes.

 

J’ai ensuite, toujours sur le conseil de Jérôme Giroux de Forthéa, qui m’a donné accès à son réseau, contacté une avocate spécialisée en reprise d’entreprise connaissant bien les procédures de liquidation judiciaire, Stéphanie Lebris. Ensemble, nous avons élaboré la proposition de rachat. Mais le gérant, beaucoup dans l’affect, a retoqué notre lettre d’intérêt 12 fois : il voulait que j’éponge le déficit ! Je précise que, pour moi, il était hors de question de racheter après la liquidation judiciaire car j’aurais perdu tous les marchés publics en cours !

Comment avez-vous fini par conclure l’affaire ? A combien s’est chiffrée votre démarche de reprise ?

Je dirais que la démarche de reprise – coaching, formation entrepreneuriale et avocat – m’a coûté dans les 15 000 euros. Mais, sans cet accompagnement, je n’y serais JAMAIS arrivée. Et, une fois que j’ai eu trouvé mon réseau d’accompagnement, je n’en ai pas cherché d’autre. Le 31 décembre, j’ai mis le gérant devant un ultimatum : si ce n’était pas signé ce soir-là, je me retirais… et il a fini par accepter !

Un dernier conseil à donner aux entrepreneurs qui voudraient reprendre une entreprise en difficulté ?

Cette entreprise, je l’ai rachetée moins cher que le prix initial demandé. Cependant, entre l’accord et l’achat effectif, le 27 avril 2015, il y a eu quasiment 7 mois !

Avant de reprendre une entreprise en difficulté, je dirais qu’il faut d’emblée réaliser un bon business plan. Ma banque, la Caisse d’Epargne, m’a d’ailleurs suivie parce que le business model était bon et que Entreprendre en Val-de-Marne m’avait accordé un prêt d’honneur. Quand on rachète un fonds de commerce, on a tendance à se dire qu’on va analyser la société après l’achat. C’est une mauvaise idée ! Il faut faire de la comptabilité analytique pour comprendre les leviers de dépenses. Pour ma part, j’ai compris par exemple que je devais faire baisser les frais de réception et de documentation et certains frais de gestion.

Aujourd’hui, je reste soutenue par Réseau Entreprendre en Val-de-Marne : ils sont un peu comme la petite ampoule dans un coin de votre tête qui vous donne les bons conseils au bon moment…

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