Le plan de continuation : une deuxième chance pour votre entreprise

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Un dépôt de bilan fait figure de bête noire pour tout entrepreneur. Et pourtant, chaque entrepreneur peut se retrouver confronté à cette situation, quelles que soient ses qualités. Mais tout n’est pas perdu ! Le redressement judiciaire avec plan de continuation peut encore sauver votre entreprise, pour peu que vous ne regardiez pas cette situation comme un échec et réagissiez vite. Géraldine Ferteux, propriétaire d’un salon de coiffure à Chambray-lès-Tours, partage avec nous son expérience.

 

Géraldine Ferteux, votre entreprise a déposé le bilan et est actuellement en redressement judicaire avec plan de continuation. Comment cela est-il arrivé ?

 J’ai fondé mon salon « Coiffure du monde », en tant que franchisée, il y a 12 ans. J’ai trois salariés en CDI et un apprenti… Mon salon est monté en puissance progressivement, même si ma trésorerie est toujours restée tendue ; je faisais peu de bénéfices.

En 2013, j’ai divorcé et cette période personnelle difficile a rejailli sur mon activité professionnelle, pour des raisons financières entre autres. Un salon a également ouvert dans la même commune à cette époque et débauché une de mes collègues ; et un second salon a ensuite ouvert à 800 mètres du mien ! Ces difficultés m’ont fait perdre 30 % de mon chiffre d’affaires : je me suis retrouvée à découvert. Toute cette phase a duré 7 mois environ.

C’est suite à un appel de mon banquier me signifiant que si je ne renflouais pas mon compte de 15 000 € dans les 15 jours, il ne « paierait pas les salaires de fin de mois », que j’ai décidé de déposer le bilan.

J’ai donc contacté mon comptable un mardi matin, nous nous sommes vus le mercredi et nous sommes présentés au tribunal de commerce le vendredi pour faire l’acte de dépôt de bilan, pour un montant de 700 € (en espèces) auprès du greffe du tribunal.

 

Mais, suite à votre dépôt de bilan, vous faites une demande de redressement judiciaire avec plan de continuation ?

Oui. En fait le mardi suivant, je me suis rendue de nouveau au tribunal de commerce avec mon comptable. J’avais envisagé de demander un plan de sauvegarde, mais il s’est avéré que, ayant déjà trop de dettes, je ne pouvais plus faire cette démarche. Sur conseil de mon comptable, j’ai donc décidé de solliciter un redressement judiciaire avec plan de continuation. Les 6 ou 7 juges présents m’ont donc demandé les solutions que j’envisageais pour sauver mon entreprise. Je savais que je ne souhaitais pas licencier (perdre un coiffeur équivaut à 4 000 ou 5 000 € de CA en moins) mais j’avais des pistes pour réduire les coûts : replacer mon salarié en contrat de qualification chez un autre coiffeur pour limiter mes charges sociales, augmenter les prix de nos services, restructurer, lancer une campagne de publicité, etc. J’ai donc laissé mon dossier au tribunal pour qu’ils l’examinent. Ils m’ont convoquée 15 jours plus tard.

Voici la proposition que le tribunal m’a faite : me laisser 6 mois « pour voir » et restructurer mon entreprise ; mes dettes ont été bloquées, j’ai ouvert un compte de redressement judiciaire avec 0 euro dessus. Un mandataire a été nommé par le tribunal pour me suivre et je devais fournir un compte de résultat mensuel allégé. Par la suite, je me suis également fait assister par un avocat, ce que je conseille fortement !

 

Cette expérience s’est finalement avérée positive. Pouvez-vous nous expliquer le rôle de chacun et votre quotidien d’entrepreneure à cette époque ?

Il faut savoir que le mandataire est là pour accompagner et expliquer ce qui peut être amélioré dans la gestion de l’entreprise. Il surveille vos comptes et vous aide à établir un plan de trésorerie. C’est très enrichissant d’avoir un regard extérieur ! J’ai compris que j’avais 90 % de chances de m’en sortir parce que je n’avais pas trop de dettes et que je m’y étais prise assez tôt. Qui plus est, j’étais très bien soutenue par mon comptable. Tous ces facteurs sont très importants.

Le mandataire et moi avons mis en place ce que j’avais envisagé, mais j’ai également stoppé les heures supplémentaires de mon équipe, je me suis montrée plus présente en allégeant mes activités extérieures ; l’URSSAF et le RSI m’ont accordé des délais de paiement. Petit à petit, le chiffre d’affaires est remonté…

Ces 6 mois d’observation sont devenus 1 an et se sont soldés, sur avis du tribunal de commerce, par un plan de continuation sur 8 ans.

 

En quoi consiste pour vous ce redressement judiciaire avec plan de continuation ?

J’ai 8 ans pour embourser mes dettes ; elles sont isolées sur un compte dédié. L’avantage c’est que, ainsi échelonnées en 8 échéances, elles ne sont pas trop importantes. Chaque année, autour du 15 avril, je m’acquitte donc de 7 600 € environ. Sont compris également les 950 € de frais du mandataire qui continue de m’assister et les frais bancaires. Pour le reste, charge à moi de maintenir mon activité…

 

Quel bilan tirez-vous de cette situation ? Auriez-vous un conseil à donner aux entrepreneurs en difficulté ?

D’abord d’en parler à votre entourage. Un chef d’entreprise est la « tête dans le guidon », il manque d’objectivité concernant son entreprise. Mon comptable a été de bon conseil. Je pense qu’il faut vraiment avoir un bon comptable et le payer quoi qu’il advienne, c’est votre partenaire numéro 1. Mon deuxième conseil, ce serait de réagir dès les premiers signes de difficultés et de demander de l’aide très vite. Mais, pour ma part, cette expérience s’est avérée positive.

 

Le point de vue du banquier

Jean-Daniel Weirich – directeur du marché des Professionnels pour la Caisse d’Epargne Loire-Centre –, comment réagir quand des difficultés semblent se faire jour ?

Selon moi, il faut effectivement commencer par faire appel à des professionnels : banquier, comptable, groupement de prévention agréé (GPA)… Le but est d’aider l’entreprise à réaliser un diagnostic de sa situation et à trouver des solutions. Il ne faut surtout pas rester dans l’expectative !

Le banquier, comme le GPA ou le mandataire nommé en cas de redressement judiciaire, travaillent sur des données concrètes, sur la base de fiches sectorielles, en fonction du contexte local, sur les revenus et charges de l’entreprise. Un entrepreneur en difficulté peut : revoir sa vitrine, travailler l’accueil téléphonique ou dans son magasin, etc. Cependant, un regard extérieur est souvent bénéfique pour affiner son diagnostic. Bref, ces professionnels permettent une remise en question salutaire.

 

Quand sait-on qu’il est temps de demander de l’aide pour préserver son entreprise ?

Il faut réagir dès les premiers signes de difficulté de trésorerie. Toute entreprise doit établir un prévisionnel de sa comptabilité et de son chiffre d’affaires sur 3 mois environ. Les signaux d’alerte commencent dès qu’on ne se retrouve pas en adéquation avec ce prévisionnel. C’est le moyen d’anticiper les problèmes. Quand elles commencent, les difficultés financières vont croissant. En réagissant en amont, on peut par exemple allonger la durée de ses crédits.

 

Auriez-vous un conseil à donner pour aborder un redressement judiciaire avec plan de continuation « sereinement » ?

La première chose, selon moi, est de ne pas considérer le tribunal de commerce comme un ennemi. Il n’est pas question ici de jugement de valeur, mais de trouver des moyens pour faire face à des problèmes.

Dès que l’on redoute les impayés ou les difficultés, on peut demander un plan de sauvegarde au tribunal. Celui-ci peut ensuite envisager soit une procédure de conciliation entre les différents intervenants, soit ce que l’on appelle un mandat ad hoc, qui consiste à faire intervenir un mandataire qui sera le lien entre le chef d’entreprise et ses créanciers, et aura également un rôle de conseil auprès du chef d’entreprise. Ces procédures offrent l’avantage de la confidentialité, donc il n’y a pas de mauvaise publicité pour l’entreprise.

En résumé, réagir tôt et au plus vite est une des clefs essentielles pour la vie de l’entreprise.

 

 

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