Entrepreneurs, les écueils à éviter pour réussir #3 : se positionner

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Voici la troisième partie de notre série sur les « écueils à éviter » (voir la partie #1 et l’article #2 avec A. Jbeily). Toujours avec Agnès Jbeily qui avait créé Datanoos, Horizon Entrepreneurs fait le point sur les erreurs de parcours qui peuvent mettre en péril l’entreprise. Cette fois, nous allons revenir sur des détails pratiques et la façon de se positionner, en tant qu’entrepreneur, face à son projet entrepreneurial et sur le lien entre vie privée et vie professionnelle.

  1. Vous êtes très enthousiaste. Trop !

Quand on se lance dans la création d’entreprise, on est toujours très emballé par son projet, son idée, son envie. Attention cependant à votre positionnement. « J’étais clairement trop enthousiaste. Mon enthousiasme en lui-même était exceptionnel ! Je sais embarquer les gens. J’étais donc totalement absorbée par ma vision, à tel point que j’en ai oublié le quotidien. Or, il faut aussi avoir une vision de court terme dans une entreprise. Réfléchir de façon pratique et terre à terre : qu’est-ce que je fais aujourd’hui ? Qu’est-ce que je dois faire demain ? », explique Agnès Jbeily. En résumé, une entreprise, c’est du concret et de la gestion quotidienne pour arriver à des objectifs donnés. Avoir une belle idée qui doit mener loin, sur le long terme, ne suffit donc pas.

  1. Vous faites appel à votre banquier personnel pour financer un projet incertain

La relation avec son banquier importe, il faut donc la préserver sous peine de se voir ensuite pénalisé par ses échecs professionnels dans sa vie privée. « J’ai cherché des financements bancaires pour un projet qui n’était pas encore totalement viable, constate Agnès Jbeily. Je me suis adressée à mon banquier personnel, forte de notre relation. Or, une start-up est, par définition, une entreprise à risque ! Un business model doit être valide et avoir fait ses preuves avant de solliciter un financement bancaire : il faut commencer à générer de l’argent et être sûr de pouvoir rembourser à 80 %. J’avais des garanties de BPI France et de France Active, donc mon banquier m’a suivie. Or, au moment du dépôt de bilan, je n’ai pas pu assurer mes engagements bancaires. »

  1. Vous ne connaissez pas la règle des 3 D = protégez vos proches

«  Les 3 D ce sont : dépôt de bilan, dépression, divorce ! Soyez vigilant sur la place que prend votre projet et ce que vous demandez à vos proches. Qui crée son entreprise demande énormément à son entourage : on fait des sacrifices mais, eux aussi, ils supportent par exemple votre indisponibilité. En contrepartie, on s’attend à un avenir meilleur. Alors, quand le dépôt de bilan arrive, la défaillance est, aussi, personnelle. Vous avez besoin d’être encore plus soutenu, mais si vous n’êtes pas disponible, vos proches le seront petit à petit encore moins. Anticipez, soyez vigilant et réagissez tout de suite ! »

  1. Vous pensez qu’il ne faut pas parler de votre idée pour la protéger à tout prix

Pour Agnès Jbeily, protéger son idée, « ça ne sert à rien ! Vous avez une idée ? Parlez-en autour de vous. Ainsi, vous analyserez l’écho qu’elle trouvera auprès des autres, vous pourrez la confronter à leurs réactions. Sinon, ce sera juste une super idée dans un petit coin et elle ne vaudra pas grand chose. N’ayez pas peur, cela reste votre bonne idée. Si les autres l’avaient eue, ils l’auraient lancée, non ? »

Et aujourd’hui, comment rebondir ?

Agnès a donc déposé le bilan de son entreprise en mai 2015. Pour elle, « ce fut soudain, c’est allé très vite et ça a fait mal. » Elle est aujourd’hui employée dans l’entreprise américaine Gartner, leader dans le domaine de la recherche et du conseil en technologie. « Mon expérience de chef d’entreprise a été vue d’un bon œil chez Gartner. Ils ont compris que je pouvais oser, prendre des risques, être dynamique.

Plusieurs mois après, je peux faire un bilan et analyser ce qui s’est passé. Je peux dire que cette expérience m’a beaucoup enrichie. Je sais qu’il faut faire attention à cette capacité que l’on a à se confondre avec son projet. C’est magique de vivre d’un projet que l’on aime. Aujourd’hui, je me laisse du temps pour faire un break financier et personnel. Mais, oui, je recommencerai. Et j’aurai les moyens de repartir sur des bases plus saines. »

 

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