Carreleur, plombier ou chef de chantier : portraits d’entrepreneures en col bleu

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La mixité homme-femme dans tous les secteurs d’activité, mythe ou réalité ? Une question posée lors du Forum « Femmes, osez TOUT entreprendre » organisé par le réseau d’accompagnement Action’Elles en novembre dernier. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : parmi les 32 % d’entrepreneures, 6 % seulement ont créé dans le secteur de la construction. Parmi elles, Carole Morin, Nathalie Lafoux et Leïla Ouadah. Portraits de ces entrepreneures qui ont osé se lancer dans un secteur bien « testostéroné ».

Carole Morin : de la coiffure à la plomberie

Après une première vie professionnelle dans les secteurs de l’esthétique et de la coiffure, Carole Morin a troqué ciseaux et pinces à épiler contre clés à molette et bleu de travail. Une reconversion professionnelle fortuite : « Pour arrondir mes fins de mois, j’ai fait quelques travaux de ménage dans des immeubles parisiens, d’abord un, puis deux, puis six ! confie-t-elle. Pour faire face à la demande, j’ai donc quitté mon travail et créé ma propre entreprise de nettoyage. J’avais alors 30 ans et, déjà, je gérais jusqu’à 27 salariés ! Après dix ans d’activité, j’ai revendu mon entreprise, faisant au passage une très belle plus-value. »

Pas question pour cette entrepreneure dans l’âme de s’arrêter là : « Après avoir goûté à l’entrepreneuriat, je ne souhaitais pas retourner dans le salariat, précise-t-elle. J’ai donc créé une nouvelle société, dans le secteur de l’hygiène cette fois, que j’ai fait grandir avant de recevoir, là encore, une offre de rachat à un prix substantiel. » Après une pause, Carole Morin décide de créer Caroll-M, une société de services, spécialisée dans le dépannage de plomberie 24h/24, mais pas seulement : « En m’adjoignant les compétences de professionnels, je propose une palette de métiers très large afin de couvrir tous les besoins des syndics de copropriété : de l’entretien des espaces verts, au ravalement de façades à la conception architecturale. »

Dans le cadre de son activité, elle travaille majoritairement avec des hommes. « Les relations sont très faciles, même si j’en conviens, du haut de mon 1,50 m, pas facile au premier abord d’imposer le respect. Pour autant, je n’ai jamais connu de difficultés relationnelles, au contraire. »

Nathalie Lafoux : salle de bains addict !

Rien ne prédestinait Nathalie Lafoux à entreprendre dans le BTP, rien sauf peut-être une petite voix intérieure qui, à 40 ans, s’est exprimée haut et fort : «  J’ai démarré ma carrière dans le prêt-à-porter, précise-t-elle. J’étais heureuse mais pas totalement épanouie. Et un jour, en vacances, le déclic… lorsque je me rends compte que je ne lis pas de magazines de mode mais des publications spécialisées en décoration et rénovation ! » Lorsqu’elle investit dans l’immobilier quelques mois plus tard, l’occasion est trop belle et elle choisit un appartement à refaire entièrement. « Malgré les sarcasmes de certains hommes, j’ai non seulement tenu mes objectifs mais mieux, j’ai réalisé une belle opération financière en revendant les lieux à un architecte, emballé par mon travail », poursuit Nathalie. Convaincue alors d’avoir trouvé sa voie, elle décide de préparer un CAP de plomberie en alternance. « Une expérience très enrichissante, confie-t-elle, qui m’a permis de mieux cerner mes envies : ce que j’aime, c’est la petite maçonnerie, la décoration et surtout… les salles de bains ! »

Son projet affiné, elle bénéficie, dans le cadre du dispositif NACRE, d’un suivi par la chambre des métiers du Val-de-Marne et d’un prêt de 9 000 euros qui lui permet de se lancer : « Grâce à ces fonds, j’ai en effet pu acheter un camion et l’outillage nécessaire à mon activité. Aujourd’hui à la tête de ma SAS, j’emploie trois personnes dont un plombier, un ouvrier polyvalent et un apprenti, précise Nathalie Lafoux avant de poursuivre : L’entrepreneuriat a ses bons et ses mauvais côtés. Difficile par exemple d’avoir une visibilité de mon activité au-delà de deux mois. Les nuits sont quelque peu agitées donc, mais rien ne vaut le plaisir de se lever chaque matin pour faire un métier que l’on aime ! »

Leila Ouadah : une chef de chantier engagée

Issue d’une famille de maçons, Leila Ouadah a toujours voulu travailler dans le BTP, mais difficile de choisir parmi la palette des métiers possibles. « N’arrivant pas à me décider, j’ai suivi plusieurs formations, d’abord en vitrerie puis en revêtement de sol, en peinture et en décoration », détaille-t-elle. Acquérir des compétences techniques c’est bien, savoir les vendre c’est mieux. Pour faire valoir ses connaissances nouvelles, Leila suit une formation de commerciale. « Forte des enseignements reçus et des différentes immersions professionnelles réalisées en entreprise, j’ai finalement créé en 2002 une société spécialisée dans la peinture décorative », poursuit-elle. Une aventure entièrement financée sur fonds propres qui durera sept ans.

« Après avoir dissous ma société, je me suis interrogée : qu’est-ce que je veux vraiment ? Quelle finalité ? C’est en constatant l’absence de maind’œuvre qualifiée, notamment féminine, dans le secteur du BTP, que j’ai créé DAMES, un dispositif  ACI/EI – atelier chantier d’insertion / entreprise d’insertion –, qui propose à des femmes, souvent éloignées du monde du travail, de bénéficier d’un parcours d’insertion et de professionnalisation dans les métiers du bâtiment. DAMES leur propose également un accompagnement socioprofessionnel et une formation technique pour leur permettre de construire un projet professionnel dans un secteur porteur. »

Aujourd’hui épanouie dans son métier, Leila regrette de ne pas réussir à se libérer davantage de temps pour aller au bout des objectifs qu’elle s’est fixés. « A ce jour, les bénéfices dégagés ne me permettent pas de recruter un chef de chantier à qui je pourrais déléguer l’opérationnel pour me consacrer à ma principale mission : l’intégration des femmes dans le BTP. Doucement mais sûrement, peu importe le temps que cela prendra, j’espère bien atteindre mon but » conclut-elle.

 

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