Rencontre avec Nicolas Rohr, créateur associé de Faguo Shoes

En 2009, Frédéric Mugnier et Nicolas Rohr, 22 ans, attirés par la mode et l’entrepreneuriat, décident au cours d’un échange universitaire en Chine, de créer une marque de sneakers (ndlr : baskets) : « Faguo »

Comment passe-t-on du statut d’ancien élève du fond de la classe, un peu dissipé, à celui d’entrepreneur ?

J’étais un élève de terrain, très investi dans mes stages ou les cas pratiques visant à nous mettre dans les situations les plus proches de la réalité. Ma motivation venait plus de l’action que des cours théoriques.
C’est justement en partant de ce constat que j’ai décidé de vérifier mes connaissances en créant une entreprise par mes propres moyens.
Je suis issu d’une école de commerce, qui à mon sens, a été une bonne formation à l’entrepreneuriat. La place accordée à l’enseignement pratique et à l’accompagnement offert aux porteurs de projet, comme nous, en sont la preuve.

Si vous n’aviez pas rencontré Frédéric Mugnier, auriez-vous créé Fagho Shoes seul ?

L’élément déclencheur a été l’envie de vivre ensemble l’aventure entrepreneuriale ! Après la peur de sortir de l’école sans boulot, il y a la peur de l’échec. Le fait d’être deux a multiplié les capacités, les motivations de chacun.
Nous sommes arrivés à la conclusion positive que la création d’entreprise est un élément très valorisant pour notre CV et c’est pourquoi nous nous sommes lancés !

Pourquoi avoir fait le choix de faire appel à un centre de réinsertion par le travail pour gérer votre logistique ?

Lors de la création, nous nous sommes posé la question de l’exemplarité de l’entrepreneur. Alors quel est notre rôle en tant qu’entrepreneur ?
Notre premier parti pris a été de rapprocher le financier de l’environnement, en mettant en place des actions pour baisser nos émissions de CO2. Le deuxième a été de faire appel à un centre de réinsertion par le travail pour gérer notre logistique, afin de nous inscrire dans une évolution d’entrepreneuriat responsable. Une expérience extraordinaire qui a permis de changer la vie de plus de 15 personnes. Une étape de plus vers un entrepreneuriat plus responsable et l’on ne compte pas s’arrêter là ! On se questionne en permanence sur la meilleure façon d’entreprendre.

Vous avez participé au G20 YES, qui a rassemblé les entrepreneurs du monde entier. Que pensent -ils du « rôle sociétal de l’entrepreneur » ?

Cette expérience a permis d’identifier les points clés sur lesquels il est nécessaire d’évoluer.

  • Positiver la culture de l’entrepreneuriat : comment encourager, inciter les jeunes à entreprendre ? Tout simplement en commençant par valoriser le métier d’entrepreneur ! Comme c’est déjà le cas au Japon, où l’entrepreneuriat est une matière académique.
  • Vaincre la solitude de l’entrepreneur : aujourd’hui en France, les actions de mentorat se multiplient, permettant à de jeunes entrepreneurs d’être accompagnés par des patrons expérimentés. Pourquoi ne pas généraliser la démarche et la rendre accessible à tous les futurs entrepreneurs ? Aujourd’hui, le MOOVJEE (Mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs) rentre dans cette démarche.
  • Entrepreneur face aux grands comptes : on aborde ici la question de la force de négociation face aux fournisseurs. A l’image de l’artisanat, l’idée porte sur le regroupement des petites entreprises pour augmenter leurs forces de négociation et faire entendre leurs problématiques.

Vous faites partie de « la nouvelle génération d’entrepreneur » qui sait tirer parti des réseaux sociaux pour se faire connaître. Démarche opportuniste ou réelle stratégie de communication ?

Le moyen le moins coûteux pour nous faire connaître a été de créer une page Facebook fin 2008 et inviter nos fans à faire connaitre Faguo. On peut dire aujourd’hui que c’est Facebook qui nous a lancés dans la voie commerciale. Facebook nous a permis d’organiser les premières ventes privées Faguo. La surprise a été de taille quand nous avons eu plus de fans que de chaussures disponibles, créant la notoriété du produit. Ce qui nous a permis d’intégrer par la suite les réseaux de distribution standards. Aujourd’hui, le bouche-à-oreille et la communauté sont nos seuls vecteurs de communication.

Croyez-vous à « la relation collaborative » entre les marques et leurs clients ? Est-ce que le rôle d’une marque n’est justement pas de surprendre ses clients ?

Effectivement c’est un risque, mais nous faisons le choix de le prendre. Il nous reste encore six milliards de personnes à chausser ! Nous avons encore de quoi surprendre ! Nous avons plus de personnes à étonner que de clients acquis.

Pour terminer, pouvez-vous compléter la phrase suivante, Les médias annoncent 2012 comme une année économiquement difficile, entrepreneurs…

Entrepreneurs depuis sept ans, on nous annonce des années difficiles, cela fait sept ans que c’est la crise, et pourtant il n’y a jamais autant eu de création d’entreprises et de succès de nouveaux modèles d’entreprises. Au final, c’est quand les médias s’appuient sur ce climat morose que c’est à nous, entrepreneurs, d’appuyer sur l’accélérateur d’idées !
Le seul côté positif de ces contextes délicats, c’est qu’ils nous poussent à remettre en question les modèles existants et à innover !

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